Célébrons les 90 ans du rallye des femmes avec le Rallye des Princesses

L’équipe de Road Rug Cars adore les princesses, c’est pourquoi nous avons jeté un coup d’œil à la plus grande réunion annuelle les rassemblant, le Rallye des Princesses.

Selon le dictionnaire, une princesse est « l’épouse ou la fille d’un prince, d’un roi ». Ok, vous imaginez déjà Blanche-Neige chantant naïvement dans la forêt avec des animaux sauvages dansant autour d’elle ou la Belle au bois dormant… dormant… Mais selon nous, une princesse est bien plus qu’une femme avec une couronne sur la tête qui se regarde dans un miroir.

Des princesses pilotes dans un monde d’hommes

Vous savez qu’à l’Ouest (et probablement à l’Est aussi…), pendant des siècles et des siècles, les femmes ont été légèrement exclues de tout ce qui était cool et amusant dans la vie (un peu). Heureusement, au cours du XXe siècle, tout a changé (un peu). Alors que la plupart des femmes françaises des années 20 avaient des enfants (qu’elles le veuillent ou non), une poignée d’entre elles sont montées dans leur voiture et ont traversé la France comme elles le voulaient !

roadrugcars road rug cars rallye des princesses 2019 paris saint raphael feminin mme leblanc 1933
Madame Leblanc, 1ère place lors de l’édition 1933

Rappelons que le port du pantalon pour une femme a été officiellement autorisé en France en 2013 (cette loi de 1800 existait encore mais n’était évidemment pas appliquée)… Le droit de vote leur a été accordé en 1944… Ah oui aussi, leurs maris ne peuvent plus lire leurs lettres ou décider à leur place de leurs relations depuis 1975 (chers lecteurs des autres pays européens, ne vous croyez pas supérieurs, car presque tous les états occidentaux étaient aussi arriérés que la France) !

roadrugcars road rug cars rallye des princesses 2019 paris saint raphael feminin cannes 1935
Paris – Saint Raphaël parade à Cannes, 1935

Dans ce contexte, imaginez la réaction des hommes quand ils ont pu voir des jeunes femmes drifter impunément dans leurs belles voitures à l’aube des années 30… Une femme qui conduit une machine qui symbolise l’autonomie et la liberté. Je ne suis pas sûr que les hommes étaient vraiment heureux de voir cela à l’époque. Cette citation du journal La Vie au Grand Air sur l’obtention du permis de conduire de la duchesse d’Uzès le 15 mai 1898, à une époque où l’automobile venait de naître, en est une merveilleuse illustration :

« Mme la duchesse d’Uzès a passé hier son examen de conductrice automobile. Encore un conducteur de voiture, oui mon dieu ! C’est la véritable nouvelle qui va en surprendre plus d’un ! ».

Puis en 1929, le comte Edme de Rohan-Chabot, président de l’Automobile Club du Var, a l’idée géniale de lancer l’un des premiers rallyes automobiles : le Rallye Paris-Saint Raphaël. De 1929 à 1974, il organise une incroyable course entre Paris et la Côte d’Azur exclusivement réservée aux femmes ! Hellé Nice, Betty Haig et Christine Beckers ont remporté la course au volant des fantastiques Bugatti Type 35B, MG PB et Lancia Stratos HF. Cela fait encore aujourd’hui la jalousie de nombreux hommes. Oh oui, et même Michèle Mouton (célèbre pilote française) a couru sa toute première compétition nationale lors du Paris-Saint Raphaël.

roadrugcars road rug cars rallye des princesses 2019 paris saint raphael feminin helle nice bugatti
Hellé Nice à bord de sa Bugatti Type 35

Pendant 4 à 5 jours et sur environ 1000 kilomètres, elles ont été des femmes libres au volant de leurs voitures libres. Loin du portrait d’une princesse de Disney, même si la plupart d’entre elles étaient pourtant issues de puissantes familles nobles.

Renaissance du Rallye Paris – Saint Raphaël et naissance du Rallye des Princesses

Après la Seconde Guerre mondiale et le retour des valeurs familiales traditionnelles de l’après-guerre, seuls les gentlemen avaient le droit (ou plutôt l’opportunité) de faire du bruit et de la fumée dans de belles voitures. Le Paris – Saint Raphaël reste le seul rallye national réservé aux femmes pendant cette période. Malheureusement, le comte Edme de Rohan-Chabot emporta avec lui le Rallye Paris – Saint Raphaël. Il se termine définitivement en 1974 et tombe rapidement dans l’oubli, laissant le sport automobile féminin dans les archives de l’histoire du sport amateur ou dans les journaux locaux.

Cependant, au fil du temps et des mentalités, les femmes ont progressivement retrouvé leurs droits et surtout le droit de faire ce qu’elles voulaient, comme elles le voulaient, quand elles le voulaient (mmm autant que possible). Alors qu’un nouveau millénaire plein de promesses s’annonçait, Viviane et Patrick Zaniroli ont eu l’idée de dépoussiérer ce vieux titre de noblesse de « Princesse ». Inspirés par l’œuvre du comte Edme de Rohan-Chabot et son légendaire rallye, ils lancent le tout premier Rallye des Princesses en 1999.

roadrugcars road rug cars rallye des princesses 2019 women rallying

Loin des châteaux, des cérémonies et des carrosses, les princesses sont des femmes comme vous et moi (je ne suis pas sûr de cette expression), qui n’ont qu’un seul désir, conduire leur voiture préférée !

« J’ai donc lancé le premier Rallye des Princesses en 1999. Problème, les maris… « Vous n’y pensez même pas, je ne vous prête pas ma voiture !  » » rapporte Viviane Zaniroli.

Aujourd’hui, tout a changé, la plupart des concurrentes viennent avec leur propre voiture, comme Audrey Marnay et sa 280 SL qu’elle possède depuis 19 ans. Cependant, l’équipage qui a attiré mon attention est celui formé par une grand-mère, Marie-France Gambassi-Triniane, sa petite-fille Margaux Tailler, et leur Porsche 911 3/2 RUF. Et si votre grand-mère conduisait une RUF ? Ce serait incroyable, n’est-ce pas ?

Organisé sur les plus belles routes de France, le Rallye des Princesses est une épreuve de régularité de 4 jours d’environ 1200 km, réservée exclusivement aux femmes et à leurs voitures anciennes. Exceptionnellement, nous avons pu (même si notre équipage n’était pas 100% féminin) suivre l’édition 2019 du rallye et célébrer le 20ème anniversaire de cet événément remarquable.

Le Rallye des Princesses, un rallye pas comme les autres

Comme vous l’aviez compris, le nom « Princesses » est une référence directe aux têtes couronnées qui couraient sur les routes de Paris – Saint Raphaël avant la guerre et non aux personnages des dessins animés. Aujourd’hui, les participantes ne sont pas des princesses à plein temps, ce sont des femmes d’affaires, des artisanes, des commerçantes, des médecins, des actrices… Les têtes sont seulement couronnées d’écharpes et de chapeaux.

roadrugcars road rug cars rallye des princesses 2019 hat mercedes benz

Cette année, pour la première fois (même si nous avions couvert le début du rallye l’édition précédente), nous sommes venus avec notre fidèle Alfa Romeo Alfetta Gt pour suivre l’intégralité du 20e Rallye des Princesses.

Tout a commencé sur la place Vendôme à Paris par une journée de vérifications qui sert aussi à se rencontrer et à célébrer, comme il se doit, le 20ème anniversaire de cette belle aventure.

Le lendemain, les choses sérieuses commencent, à un rythme soutenu. De Paris au zoo de Beauval, en passant par les écuries de Rainville à Villampuy, les étapes de régularité se succèdent sous un soleil de plomb. Tout le monde sourit pendant ces 303 premiers kilomètres, la plupart des participantes l’attendent depuis un an ! En effet, je me suis rendu compte que beaucoup d’équipages n’en sont pas à leur premier essai. Je crois que la formule de Zaniroli Classic Events crée une dépendance.

Le deuxième jour commence sous la pluie, direction Vichy pour 325 km à travers le cœur de la France. La pause déjeuner se fait au Château (normal pour les Princesses) de la Crête, qui se trouve à Audes. Quoi qu’il en soit, le temps capricieux ne refroidit pas la bonne humeur générale, peut-être parce que la centaine d’équipages (environ) se retrouve pour partager de bons plats et échanger leurs anecdotes de course. En fin de journée et après plus de 600 kilomètres, les voitures commencent à comprendre qu’elles vont voir dy pays cette semaine. Le soleil est de retour lorsque nous arrivons à Vichy pour quelques réparations en fin d’étape. C’est autour d’un cocktail et d’un dîner, comme chaque soir, que les pilotes et copilotes font et refont le classement.

Le matin, les voitures partent pour les Alpes, objectif de la journée : Aix-les-Bains. Nous traversons le Beaujolais, puis nous arrivons aux premiers cols à franchir. Les premières difficultés mécaniques apparaissent, les voitures chauffent un peu… En effet, elles ne sont pas épargnées par les montées à gravir à toute vitesse.

roadrugcars road rug cars rallye des princesses 2019 opel gt

La compétition qui avait bien commencé se durcit et chaque seconde commence à compter pour conserver sa place au classement général. Ce troisième soir, nous sentons que la pression a augmenté d’un cran. Les cœurs battent la chamade en attendant le classement de cette journée de 340 km, mais malgré tout, les sourires sont toujours là.

Quand nous sommes partis pour Saint-Tropez, nous savions que ce serait le jour le plus difficile de la semaine. Avec 408 km sur la Route Napoléon, les bras souffrent et la mécanique aussi. Heureusement, les paysages sont magnifiques ! Oh oui, j’ai remarqué quelque chose de très rare dans un monde de course, on rencontre des concurrentes qui aident d’autres équipes. Parfois avec un simple geste de la main, parfois avec quelques mots d’encouragement et d’autres fois avec un vrai coup de main de mécanicien. Bref, nous avons découvert un événement où le dépassement de soi et la convivialité vont de pair, pour une fois.

Remarquable, remarquable, qu’y a-t-il de si remarquable avec ce rallye ?

C’est le cinquième et dernier jour de ce Rallye des Princesses anniversaire que j’ai compris combien ce rallye était remarquable. Nous traversions le Massif des Maures, nous traversions les forêts de pins par les routes tortueuses du Var lorsque nous sommes arrivés au Château de Saint-Martin à Taradeau. Encooooore un château vous allez me dire. Pas n’importe lequel. Ancien prieuré transformé en château au XVIIIe siècle, la propriété appartient à la comtesse de Gasquet et à Adeline du Barry, qui sont respectivement fille et petite-fille du comte Edme de Rohan-Chabot, créateur de Paris – Saint Raphaël. En fait, le Rallye des Princesses est plus qu’un simple événement de sport automobile pour les femmes, il est l’expression de l’indépendance, de la liberté et de la ténacité des femmes depuis 90 ans.

roadrugcars road rug cars rallye des princesses 2019 finish

Viviane Zaniroli :  » Je voulais montrer que les femmes aiment conduire, vous l’avez prouvé. »

Au fait, les inscriptions pour l’édition 2020 du Rallye des Princesses sont déjà ouvertes et il n’y aura pas de place pour tout le monde…

Laisser un commentaire