Pèlerinage à Malvern à bord d’une Morgan 4/4

Si vous envisagez de rejoindre un jour le paradis, vous prévoyez peut-être de faire un pèlerinage. La Mecque, Saint-Jacques-de-Compostelle, Jérusalem, parmi bien d’autres lieux : vous avez le choix !

Morgan 4/4 - Marcassus

Je suis de ceux qui croient que l’on croise des voitures de course au paradis. Par conséquent, l’usine Morgan basée à Malvern, en Angleterre, était certainement l’endroit à visiter. 

Marcassus Sportle concessionnaire de la marque basé à Bordeaux, nous a organisé un voyage vers l’éden. Au final, cela restera certainement l’une des expériences les plus fantastiques de ma vie d’amateur de belles machines.

À un tel point que je me suis demandé, si ce n’était pas cela le paradis ?

Voyager à bord d’une Morgan 4/4

En lisant « 4/4 », certains ont peut-être pris peur, s’imaginant un énième article sur les quatres roues motrices. Si tel est le cas, je ne peux qu’être déçu car cela signifie, tout d’abord, que vous oubliez que n’ai aucune appétence pour ces véhicules. Deuxièmement, que Morgan non plus.

La Morgan 4/4 (et non 4-4) signifie plutôt 4 roues, 4 cylindres. Oui, ils ont estimé qu’il était préférable de préciser. Et pour cause, ce n’était pas si évident en 1936 quand Morgan a lancé le 4/4, la marque étant alors connue pour produire des trois roues équipées de deux cylindres en V montés en porte à faux avant. La production de la 4/4 n’a jamais vraiment cessé jusqu’à l’année dernière.

Morgan 4/4 - Marcassus

Notre monture du week-end est le tout dernier châssis vendu en France, en février 2019. C’est la voiture de société de mon père. Il a récemment vendu sa Mercedes Classe C 350 plug-in qu’il trouvait trop ennuyeuse… Vous voyez le genre de personnage ?

La Morgan 4/4 constitue l’entrée de gamme. Puis vient la Plus 4 avec son Ford 2.0L GDI, moteur de la Mustang (également disponible sur la Transit, mais cela ne sonne pas aussi sexy). Le haut de gamme est complété par la Plus 6, lancée lors du dernier Salon de l’automobile de Genève. Elle bénéficie d’une nouvelle plateforme en aluminium et d’un BMW 3,7L. La Plus 8 est désormais un collector. Un 3 roues est également au catalogue.

Paris – Calais sous la pluie

Il est 12 heures quand nous quittons Paris. Après consultation des prévisions météorologiques pour les trois prochains jours, nous décidons d’installer les side screens (fenêtres amovibles) sur les portes. Bien que pas 100% esthétiques, elles ont le mérite de faire le travail quand les conditions sont mauvaises.

Au bout d’une heure, la pluie commence à tomber, il est temps de fermer la capote. Mais surprise : à 90 km/h, la partie supérieure de l’intérieur du pare-brise devient humide. A 110 km/h, des fuites plus marquées apparaissent. A 130 km/h, le pantalon est complètement mouillé.

Morgan 4/4 - Marcassus

Nous changeons de stratégie et décidons de tenter une stratégie osée. Un choix dangereux, mais qui résoudra finalement notre problème : dans une voiture de Malvern, le meilleur moyen de rester au sec, c’est de continuer de rouler sans toit, à une vitesse minimum de 40 km/h. Si vous en doutiez, la Morgan de 2019 conserve bien le caractère d’une voiture ancienne !

Morgan 4/4 - Marcassus

Nous rejoignons enfin l’Euro-tunnel. Au cours de notre voyage, nous rencontrons John, amoureux des « lignes romantiques » de notre bolide. Pour lui, conduire une Morgan est une question de philosophie et il est fier de voir que les Français approuvent ce mode de vie pour le moins anglais.

De Calais à Malvern dans les bouchons

En quittant le train, les embouteillages Londoniens nous attendent. C’est une bonne occasion de voir comment le 4/4 se comporte dans de telles circonstances. Et je dois dire que l’ensemble boîte de vitesses / embrayage / moteur fait le travail pour une utilisation quotidienne.

A mesure que nous quittons la région de Londres, le trafic se réduit, et nous apprécions désormais la 4/4 sur les petites routes. La boîte de vitesses Mazda est vraiment précise et les rapports verrouillés. Le Sigma, (ou pour les gars de la vieille école « le Zetec »), fournit assez de puissance pour passer du bon temps, malgré ses 110 CV.

Morgan 4/4 - Marcassus

Ce n’est pas puissant. Mais gardez à l’idée que c’est une bonne chose, car vous pouvez l’acheter comme voiture de société. Et le petit 1.6L suffit largement pour s’amuser sur les petites routes de campagne. Cependant, n’essayez pas de monter une côte en cinquième vitesse, surtout pendant la période de rodage moteur, vous n’y parviendrez pas.

Le poids est limité à 800 kilos. Certes, sans bagages, sans chauffeurs, (et même sans liquide dedans?). De ce fait, la 4/4 reste vraiment légère et bien plus équilibrée que ses sœurs plus musclées, surtout sur routes sinueuses. Je commence à comprendre pourquoi mes amis se sont tant amusés au volant de la version classique, engagée dans le Tour Auto.

Une nuit à Malvern

Nous arrivons chez un bon copain habitant à Malvern. Là, nous garons notre véhicule à côté de sa bonne vieille BX 16 TRS, avec des sièges Harris tweed. Nous apprenons que cette Citroën est sa voiture de tous les jours, entre deux week-ends de course.

Il nous dirige vers le Swann Inn, le pub où le patron de Morgan a coutume de se rendre. L’argument fait autorité, et nous suivons le conseil. Sur le parking, notre roadster Bordeaux passe incognito. Mais c’est normal , les locaux en voient passer tous les jours. Je suppose que c’est d’ailleurs le seul endroit au monde où cela se produit, car les chaines de production ne sortent pas plus de 800 exemplaires annuellement.

Après une (ou quelques) bière(s) et un traditionnel mais délicieux fish & chips, il est l’heure de trouver sommeil.

Une matinée dans les ateliers Morgan

En arrivant sur le parking de Morgan, nous comprenons que nous ne serons pas les seuls visiteurs. Une visite est organisée. En réalité, l’usine reçoit pas moins de 4 000 visiteurs chaque année. Il n’est bien sûr pas nécessaire de posséder une Morgan pour vivre cette incroyable expérience. Une visite de deux heures coûte 10 £ et vaut bien votre temps et votre argent.

Bien sûr, vous pouvez visiter Ferrari. Mais vous n’en verrez jamais autant que chez Morgan. Ici, vous pouvez découvrir toutes les étapes de la fabrication sauf les services R&D (parce qu’ils n’existent pas ? je plaisante…). 100 employés travaillent sur les voitures, ce qui représente la moitié de l’effectif total, les autres ayant des fonctions de support et de développement.

Après une rapide présentation de la gamme, la visite commence par un showroom où sont exposés quelques modèles mythiques. Ensuite, vous traversez la salle de livraison où les propriétaires reçoivent leur nouvelle acquisition. A condition de cocher l’option (payante) sur le bon de commande, même chez Morgan, les affaires sont les affaires !

Morgan Factory Tour

La visite proprement dite de l’usine commence par la salle où sont intégrés les moteurs et les blocs suspension au châssis.

Pour la Plus 4, on utilise encore une base tubulaire, presque identique au châssis d’origine de 1936. Pour la Plus 6, une plate-forme moderne en aluminium a été choisie afin de réduire le poids et gagner en rigidité, mais aussi pour répondre aux normes des crash-tests…

Chaine de montage Morgan

Vous vouliez voir des châssis en bois ? J’ai bien peur que vous soyez déçu. En effet, cela n’a jamais existé. Seule l’armature supportant la carrosserie est en bois. Et c’est toujours le cas, même sur une Plus 6 (de manière plus résiduelle).

Vous vouliez voir une salle d’assemblage moteur ? Je suis au regret de vous informer que ceux-ci arrivent directement des chaines de montage Ford et BMW.

Cela ne signifie pas pour autant qu’il n’y a rien à voir dans les ateliers. La partie la plus impressionnante de la construction étant réalisée par Morgan. Cela concerne notamment tous les métiers d’artisanat.

La pièce où les carrosseries sont fabriquées manuellement à l’aide de grosses machines emboutisseuses et autres presses mécaniques, avant d’être affinées à l’aide de petits marteaux, est quelque chose que l’on ne trouve nulle part ailleurs. En effet, Morgan est l’un des derniers constructeurs à procéder de la sorte.

Une atmosphère particulière…

L’ouïe est surprise par l’atmosphère bruyante, que l’on ne trouve plus dans les autres usines, ressemblant de plus en plus à des cloîtres mués en cliniques. Morgan est une entreprise purement artisanale et cela se ressent. Et ce, malgré le fait que le guide insiste sur le fait qu’il s’agit d’une entreprise moderne se servant d' »ordinateurs ». En réalité, ils utilisent le meilleurs des deux mondes.

Chaine de montage Morgan

Morgan 3 wheeler - Morgan factory

Puis vient le temps de découvrir le département bois. Le frêne doit être âgé d’au moins 10 ans et ne pas présenter de marques ou de maladies visibles. Il est coupé et courbé par les employés de Morgan eux-mêmes  avec une précision étonnante, surtout si l’on considère qu’ils ne sont pas assistés par la technologie. Ils utilisent des outils non standardisés, comme dans un atelier authentique.

Je pourrais décrire chaque étape de la construction d’une voiture, chaque tâche réalisée, mais je craindrais de vous ennuyer, tant il est difficile de décrire les émotions ressenties sans mettre les pieds dans l’usine. Peut-être qu’il faut  tout simplement le voir pour le croire, alors je suppose que mes photos feront l’affaire plus que quelques phrases.

Rencontre avec l’équipe de communication de Morgan

A la fin de la tournée, nous en profitons pour rencontrer James Gilbert et discuter de l’avenir de Morgan. Il est responsable de la presse et des médias. Un investisseur italien a récemment racheté la société. Selon James, l’opération était vitale pour Morgan qui avait besoin d’argent frais afin de survivre dans un monde qui nécessite de respecter sans cesse plus de nouvelles réglementations et pénétrer d’énormes marchés tel que l’Asie. Il nous assure que la philosophie restera.

Morgan EV3 - Morgan Factory

Bien qu’ils tentent de développer un modèle électrique, l’EV3, en collaboration avec Frazer Nash, ils conserveront les modèles à essence. Bien qu’ils utilisent une plate-forme en aluminium pour leur Plus 6, ils conserveront encore quelques années le Plus 4 avec le châssis et la suspension d’origine. Même s’ils ne participeront plus au Mans dans les années à venir, ils resteront actifs dans les journées piste et via le championnat Morgan, ainsi qu’en compétition par le biais de l’équipe AR Motorsport.

Nous espérons que Morgan en fera assez pour rester dans le jeu, mais pas plus que nécessaire. Nous quittons l’usine avec de belles images dans la tête. Mais ce n’est pas la fin de notre voyage en Angleterre, car nous avons prévu un bonus.

Découverte du concessionnaire et préparateur Richard Thorne

Nous décidons de faire un dernier crochet par le garage de Richard Thorne. Richard est un concessionnaire Morgan classique et moderne, basé à Reading (à l’ouest de Londres). Il s’est fait connaître en partie grâce à sa présence sur les circuits européens. C’est d’ailleurs à cette occasion que nous l’avons rencontré.

morgan 4/4 - richard thorne

L’accueil est chaleureux et il nous offre le thé dans sa salle d’exposition. Sa première phrase est « Je vous demande pardon mais nous avons fait la course pendant 4 week-ends et nous n’avons pas eu le temps de ranger « . C’est ce que nous aimons. Richard nous montre son atelier rempli de voitures de course avant de nous présenter les modèles qu’il a à vendre.

Nos yeux sont attirés par un splendide Plus 8 jaune qui brille comme le soleil. Cette voiture a un curriculum vitae impressionnant puisqu’elle a participé à de nombreuses courses historiques comme celles de Peter Auto ou du Milano cento ore. C’est aussi la version de course du modèle qui a sauvé Morgan de la faillite en 1968.

morgan plus 8 - richard thorne

Après une heure passée avec Richard, c’est déjà le moment de quitter le garage et de rentrer en France avec notre 4/4. Dotée d’un moteur et d’une boite moderne, elle représente parfaitement Morgan : évoluant avec son temps tout en gardant l’atmosphère classique que nous apprécions tant.

God save the queen, Morgan and Marcassus !

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