Maserati Levante Trofeo : rencontre avec une bête furieuse !

Quand j’entre dans le parking de Maserati France je remarque tout de suite une voiture rouge avec une aile haute et galbée. C’est le Maserati Levante Trofeo Rosso Magma que je vais conduire. Rosso Magma, ce n’est pas moi qui l’ai inventé, c’est vraiment le nom de la couleur de ce Levante. Ça promet.

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Je tourne autour de la voiture, je croise les phares de l’engin et aucun doute, c’est bien le gros bébé énervé que j’attendais. Il est rouge, rouge de colère, avec une bouche bien large, prête à crier fort, un regard froncé, pour m’intimider et des ouïes sur le capot pour l’aider à rester cool…

Levante Trofeo : peut-on vraiment dompter la Maserati de série la plus puissante jamais produite ?

Après quelques dizaines de kilomètres pour apprivoiser le Levante Trofeo, je décide de l’embêter (un peu comme le bœuf aux longues cornes que j’ai croisé sur la route). Je passe en mode sport, la caisse s’abaisse légèrement (jusqu’à 3,5 cm quand même), et les suspensions se durcissent. Je met la boite de vitesse en mode manuel au volant et je commence à augmenter le rythme. Le moteur est souple, très souple, comme un bon vieux V8. Je monte dans les tours et progressivement le son de l’échappement vient troubler le calme intérieur. Rythmé par le son des palettes au volant : le concert peut enfin commencer. Comme un chef d’orchestre, je dirige les 8 cylindres vers des notes de plus en plus aiguës que seules les Maserati savent nous offrir.

À ce moment précis de l’essai, je ressens déjà un feeling fantastique. Le couple moteur / boite de vitesse a été extrêmement bien choisi afin que l’un et l’autre travaillent en parfaite harmonie.

Quand vient le premier virage, je transpire. Tous mes aprioris sur les SUV me reviennent en tête d’un seul coup. Depuis que je suis sorti du centre ville j’avais oublié que j’étais dans une voiture de plus de 2000 kg ! Alors je fais une prière rapide : « faites que ça passe, faites que ça passe.. ». Puis je me rappelle que j’avais déjà essayé le Maserati Levante S. Ok, tout se passera bien. Enfin je l’espère. Je freine fort, je rétrograde, dans un grondement légèrement étouffé, le moteur V8 3,8L biturbo gagne 2000 tr/min d’un seul coup. J’essaie de prendre la meilleure trajectoire pour ne pas être trop secoué et avoir le meilleur grip possible. La voiture se place toute seule, le transfert de masse se fait dans une sorte de souplesse dynamique (oui oui, même si ces termes sont opposés), c’est assez étonnant, et la voiture repart comme une fusée, en rugissant et dérapant légèrement du train arrière.

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Ma tête après avoir essayé le démoniaque mode corsa !!

Whaaaat ? En driftant ? Un SUV qui drift ? Mais le Maserati Levante Trofeo n’est-il pas 4 roues motrices ? Oui en effet, vous êtes bien informé, cependant sa transmission intégrale permanente peut donner jusqu’à 100% du couple au train arrière !! Oui je sais, c’est complètement fou. À l’inverse, le différentiel autobloquant et la transmission intégrale rend la voiture très facile, saine et sécurisante à utiliser.

Le moteur est placé bien loin vers l’habitacle. Étant relativement petit, on ne sent pas vraiment le poids sur le train-avant. Enfin, on le sent, comme sur toutes les voitures équipées d’un V8 mais il semble assez bien équilibré. Seul le centre de gravité haut peut parfois être un peu troublant.

Avez-vous déjà fait du rodéo sur le dos d’un éléphant ?

Vous devriez essayer. Pour cela, il y a un mode corsa, parce que oui, il y a un mode plus extrême que le mode sport (au cas ou). Le Levante Trofeo devient alors… sauvage. En effet, avec ce mode, la majorité des assistances sont déconnectées. Ça c’est fait. Il faut donc se battre avec la direction pour garder les fesses du pachyderme sur la route. Pied au fond, je peux vous assurer qu’on sent bien ses 730 Nm, ses 580 CV et son côté propulsion. Un situation à la fois très drôle, quand on pense au gabarit de la voiture et complètement dingue, toujours quand on pense au gabarit de la voiture !!

C’est dans ces conditions que l’on prend conscience du fantastique moteur présent sous le capot. Grâce aux deux turbos, abat le 0 à 100 km/h en seulement 4,1 secondes ! Et en plus de ça, on sent un couple puissant presque partout ! Avant 3000 tr/min, la voiture s’échauffe. Après 3500 tr/min les turbos entrent en piste et là, je ne comprends toujours pas ce qu’il s’est passé. Le moteur s’est mis à hurler. L’aiguille s’est collée au fond du compteur. Et BIM ! 7500 tr/min en un clin d’oeil ! C’est si rapide qu’on a du mal à réaliser qu’on est déjà dans la zone rouge. Le réglage des turbos est étonnamment très typé 80s à vrai dire. Les nostalgiques du on/off seront très heureux.

En tout cas, ce moteur est une arme redoutable (tout le monde sera d’accord), cependant (s’il vous plaît ne me jetez pas de pierres), j’avais l’impression que l’aiguille des tours continuait à monter mais que la puissance s’effaçait au-delà de 6000 tr/min. C’était une sensation assez bizarre, comme s’il avait déjà tout donné. En fait, je pense qu’il est trop petit, en termes de cylindrée, pour une voiture aussi lourde. Par conséquent, les ingénieurs ont dû utiliser au maximum les turbocompresseurs pour rendre la voiture expressive et puissante. Le résultat est un ensemble très efficace, très amusant, mais plus linéaire, moins sophistiqué et moins excitant que les V8 atmosphériques et même que les V6 bi-turbo que nous connaissions. Au final, je crois que je le trouve moins attachant que les autres moteurs que j’ai déjà eu la chance d’essayer chez Maserati.

Le moteur sonne bien, vraiment bien, surtout quand le régime moteur augmente. Mes oreilles remarquent une mélodie typique des V8 italiens, mais pas exactement comme je l’attendais, pas aussi baroque que vous l’imaginez. Le son est comme étouffé par les turbos. Peut-être s’agit-il aussi les nouvelles normes sonores qui brident l’échappement, je ne sais pas. De son côté, le son de la boite de vitesse ZF à 8 rapports et de ses grandes palettes en aluminium est toujours aussi divin. On a un petit clic métallique qui marque le passage de la vitesse. Je l’ai probablement déjà dit, mais ce son me fait penser (à chaque fois) au son des boites de vitesses manuelles métalliques des GT italiennes anciennes. C’est fantastique, j’adore ça !

 

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Ça y est, je pense avoir capté votre attention, et c’est probablement aussi comme ça que Maserati aurait dû attirer tous les regards dès 2016.

Maserati Levante Trofeo : mais pourquoi Maserati ne l’a pas l’avoir fait plus tôt?

Maserati Levante Trofeo… Trofeo, une dénomination que l’on a du mal à s’approprier puisqu’elle est très récente (sauf si vous êtes intéressé par les courses de GT organisées par Maserati depuis les 3200 GT). Rappelez-vous, en 2016, quand Maserati présente enfin une nouvelle voiture, les passionnés de la marque prennent deux claques.

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La première est celle du segment. Eh oui, le nouveau Maserati Levante est un SUV, et les SUV ne font pas vraiment rêver les passionnés purs et durs d’automobile (moi le premier). Quoi qu’il en soit, je comprends tout à fait le positionnement de Maserati et que je respecte le passé de la marque, véritable roi du GranTourer depuis les années 50. Actuellement, le GranTourer par excellence c’est le SUV. Les SUV ont remplacé les berlines dans le coeur des clients… (ce n’est pas moi qui le dit mais ce sont les chiffres de vente). Alors pourquoi ne pas essayer de faire les meilleurs SUV du monde ?

La seconde claque vient de la motorisation. Deux motorisations ont été proposées, un V6 essence bi-turbo de 3.0L et un V6 diesel bi-turbo de 3.0L. Évidemment, tout le monde ne s’est focalisé que sur le moteur diesel, alors que le V6 essence est excellent. Personne n’avait jamais vu ça chez Maserati. Alors que techniquement, un moteur diesel a du sens puisqu’un 4×4 ou un SUV est censé pouvoir faire du franchissement. Et avec des masses aussi importante, quoi de mieux que le couple d’un moteur diesel ? Oui je sais ce n’est pas très convainquant… Mais c’est vrai !

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Heureusement en 2018, tout a changé. À la vue de la disparition de la GranTurismo et son mythique moteur V8 4.7L, Maserati ne pouvait pas proposer autant de V6 dans sa gamme (question d’honneur et probablement d’orgueil). Alors ils ont libérés les ingénieurs de Modène ! Ils ont ouverts la cage où ils étaient tous enfermés depuis quelques années et on leur a dit : « allez-y, amusez-vous ». Wow, le choc !

Comme s’ils n’avaient pas mangé depuis des jours, ils ont été gourmands. Ils ont en effet choisi le plus gros moteur disponible actuellement. Pourquoi choisir autre chose hein ? Il s’agit là du joli V8 biturbo de 3,8L issu de la famille des moteurs F154, développé par Ferrari pour la 488 et déjà utilisé dans la version GTS de la Maserati Quattroporte à partir de 2012. Ils l’ont ensuite mis dans la plus récente des Maserati. De cette accouplement forcé entre la plus grosse (5 m de long, 2,15 m de large et 1,67 m de hauteur), la plus lourde Maserati jamais conçue (2109 kg pour la version V6), et le moteur le plus puissant jamais réalisé à Modena (après la MC12), sont nées deux versions du Levante : le GTS et le Trofeo avec respectivement 530 et 580 CV. Mais quelle folie !

Furieuse mais douce, la double personnalité de la Maserati Levante Trofeo

Le Maserati Levante Trofeo est à la fois un loup déguisé en mouton et un lion en costume d’éléphant. De face, on remarque la calandre sport très large qui caractérise le style de la marque depuis une quinzaine d’année. Ses feux avant fins et anguleux ne font que souligner l’arrogance de ce dessin. En dessous nous retrouvons deux larges prises d’air placées juste devant les freins et des lamelles de fibres de carbones spécifiques qui elles sont réellement présentes pour diriger le flux d’air vers les étriers. Encore plus bas, une moustache de carbone souligne le bas de caisse. Sur le capot, le regard des connaisseurs remarqueront deux extracteurs d’air (véritables, j’ai vérifié) qui indiquent que le moteur en dessous va avoir chaud (et le conducteur aussi). Je dois l’avouer, l’effet impressionnant, presque intimidant est réussi. Je regrette peut-être un manque de raffinement dans les détails de cette face avant. Je suis un peu nostalgique des magnifiques dessins Giugiaro et Pininfarina des années 2000, mais ce n’est pas une question de version Trofeo mais d’orientation de style tout court.

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Sous le capot, on découvre un très joli moteur (bien qu’un peu petit), recouvert d’un très intimident cache en fibre de carbone qui laisse apparaitre un couvre-culasse rouge qui en dit long.

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De coté, rien ne change vraiment. La ligne du SUV est préservée, soulignée par un bas de caisse en fibre de carbone plutôt discret et c’est très bien ainsi. Au dessus du galbe de l’aile arrière typiquement Maserati, on remarque le traditionnel logo trident arborant cette fois-ci un très intriguant « TROFEO ». Plutôt subtile, c’est un bon point ! Les jantes 22’’ sont énormes mais leur couleur bi-ton et leur dessin plutôt minimaliste les rendent élégantes. 

Je tourne autour de la voiture et je découvre ce gros arrière que j’aime si peu. Oups, désolé. Les vilains diront qu’il ressemble à un dessin japonais, les gentils diront qu’il est un peu daté, quoi qu’il en soit il n’est ni léger, ni très original. C’est très clairement de ce point de vue que l’on remarque le côté pachydermique du Levante. Heureusement, la couleur Rosso Magma de ce Levante Trofeo rend les feux arrières majoritairement rouge, et donc bien mieux intégrés qu’avec n’importe quelle autre couleur.

Quoi qu’il en soit, Maserati a fait le choix de ne pas trop dénaturer le design du Levante, même en proposant une version aussi radicale que celle-ci. Tout le monde reconnait le Levante, seuls les passionnés reconnaitront le Trofeo et c’est très bien ainsi.

Sur route dégagée, le Trofeo est démoniaque. Un comportement qui contraste véritablement avec son physique. Le SUV est grandement aidé par un amortissement pneumatique piloté Skyhook qui arrive à nous faire oublier, presque tout le temps, qu’on est dans un grosse voiture. Seul le poids nous rappelle parfois à l’ordre.

En ville, la voiture se comporte comme un agneau. Ou plutôt comme un éléphant (dans le bon sens du terme). Souple, léger et noble dans son comportement, on a pas vraiment l’impression qu’il est si long et si haut. Facile à conduire, on se sent bien au volant du Levante, même au milieu des horribles embouteillages parisiens. Bon c’est vrai, il impose aussi le respect.

Le volant se tient bien en main grâce à un jante un peu épaisse et un joli dessin qui rappel les années 70. La direction est plutôt précise et légère. Dans l’habitacle, on retrouve une impression de calme, de luxe et de volupté, chère à ceux qui aiment les Maserati.

Soyons honnêtes, les finitions ne sont pas parfaite mais l’odeur du cuir et la fibre de carbone tressée vous font vite oublier le reste. Le cuir est beau et doux, surpiqué d’un logo trident / Trofeo sur les appui-têtes. C’est ni trop, ni pas assez. La finition carbone est pour une fois très chouette. Je ne suis pas très fan du carbone dans les GT, je trouve ça franchement inutile et pas très beau, mais là, Maserati propose une fibre qui est très agréable à toucher et à regarder. En plus, elle ne se rayera pas et n’attirera pas la poussière contrairement à l’horrible carbone laqué classique.

Enfin, la forme des sièges est clairement héritée du côté GT de Maserati. Ils sont beaux, ils sont confortables mais ils ne maintiennent pas assez quand on commence à transpirer sur les routes sinueuses.

À ce propos, sur autoroute le Maserati Levante Trofeo est honnêtement très confortable. On sent juste un amortissement légèrement ferme, ce qui n’est pas un défaut. J’ai essayé à cette occasion le mode I.C.E (Increased Control Efficiency) et je dois avouer avoir été bluffé par son efficacité. Sans rendre la voiture complètement anémique, ce mode m’a aidé à économiser quelques litres d’essence que j’ai pu réserver pour des routes qui les méritaient vraiment. Ça compte en Europe !

#FunToDrive score
Maserati Levante Trofeo: 88/100

Pour résumer mon expérience à bord de cette Maserati, j’ai choisi cette citation de Flaubert :

l’art est la recherche de l’inutile ; il est dans la spéculation ce qu’est l’héroïsme dans la morale.

Chimère entre GT et sportive, entre SUV et fusée, le Maserati Levante Trofeo réalise l’exploit de nous faire oublier qu’on est dans une voiture de plus de 2 tonnes. Rien que pour cela, bravo.

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Techniquement, on sent une voiture bien conçue, faite avec passion. Elle saura satisfaire la plupart des passagers exigeants en terme de confort et de raffinement, mais surtout faire plaisir aux grands enfants que nous sommes. Se basant sur un déjà excellent Levante S, cette version Trofeo fait la part belle à l’ingénierie avec un V8 3,8L biturbo dont elle tire toute sa fougue. Pas de fioriture, peu de gadgets, peu de d’éléments ostentatoires, le Levante Trofeo se focalise sur la performance et le plaisir. C’est l’expression du plaisir égoïste du conducteur, que l’on peut partager en famille avec plein de bagages.

Malgré toutes ses qualités, je pense que ce Levante Trofeo mériterait un moteur V8 avec une cylindrée un tout petit peu plus grosse afin d’affirmer son côté diva italienne. Ça tombe bien, les rumeurs parlent d’un nouveau moteur V8, plus gros et signé Maserati, pour les années à venir. J’ai hâte !

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Ps 1 : je vous conseille sérieusement (si vous êtes sur le point d’acheter un Levante Trofeo) de considérer le Rosso Magma qui est très honnêtement magnifique. Comme vous pouvez le remarquer sur mes photos, la couleur change d’un rouge foncé profond à un rouge orangé métallisé selon la lumière. N’étant pas une édition limitée, vous pouvez en plus choisir les finitions intérieures. Que diriez-vous d’un joli cuir beige ? Moi je vote pour !

Ps 2 : le nom Trofeo faisant référence à un championnat, pourquoi ne pas lancer des courses de super SUV ? Un format rallycross pourrait être très très cool ! Allez, s’il vous plait Maserati !

6 Comments

Dans l'arène face au nouveau Maserati Levante Trofeo

  1. Merci beaucoup, vous avez sur me convaincre : je vais essayer de convaincre ma femme pour le rosso magma 😅

  2. Il semble que tu sois très exigeant en ce qui concerne le bloc V8. En effet, il a l’air d’être un moins rageur, mais quelle belle machine !

  3. Bonjour,
    je comprends tout à fait votre point de vue. Je pense que c’est une voiture plutôt aboutie et que l’effet à bord d’un SUV aussi puissant doit être assez impressionnant…

    Mais putain c’est un SUV. Ca ne sert qu’à aller chercher des enfants à l’école ou des courses au supermarché !

    Désolé, je me suis emporté.
    Jolie voiture by the way.
    Bonne journée confinée.

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