Jaguar ou Corvette ? Plutôt jazz ou hard rock ?

Felix : Vous intéressez-vous à la musique ? Pas le doux son d’un six en ligne Jaguar, mais celle que l’on entend à la radio ? Si oui, quel est votre auteur préféré : Glenn Miller ou Elvis Presley ? En gros, êtes vous plutôt jazz ou rock’n’roll ?

Sachez d’entrée de jeu que si vous avez répondu R’n’b, vous êtes tombés sur la mauvaise page. Encore un de ces foutus fans de Youngtimers ! Alors certes, il m’arrive d’écouter du rap, mais uniquement au volant de ma Clio III Diesel.

J’imagine que la plupart d’entre vous choisirons Rock n’ roll. Mais pour pour les amateurs de Jazz : est-ce vraiment par goût ou parce que vous trouvez que cela fait meilleur genre de dire cela ?

Get outa my (dreams) Corvette C1, Get into my (car) Jaguar XK120 – Billy Ocean

Choisir entre Jaguar XK120 et Corvette C1, c’est comme départir Jazz et Rock n’roll. La XK120 est douce, sensuelle et jazzy. La C1 est sauvage, une brute épaisse bien rock, qui tire vers le hardrock !

Pour autant, ces deux bolides ont connu des destinées similaires : toutes deux sont des roadsters sportifs relativement abordables à l’époque, toutes deux ont marqué les années 50 sur leur continent respectif. Encore aujourd’hui, elles demeurent emblématiques.

Plus encore, elles étaient en quelque sorte toutes deux disponibles en version coupé (FHC), roadster (OTS) et cabriolet (DHC). Sauf que l’Américaine faisait les trois en même temps grâce à son hard top démontable (techniquement intelligent). Tandis que Jaguar avait besoin de vendre 3 châssis différents pour le même résultat (commercialement plus intelligent ?).

Enfin, ces deux modèles scellent les débuts de deux grandes marques de voitures de sport. Certes, pour ce qui concerne l’anglaise, William Lyons avait notamment produit les Swallow Sidecars (SS). Cependant il fallut attendre la XK120 pour propulser significativement la marque devenue Jaguar après la Seconde Guerre mondiale.

Little Red Corvette, Babe you’re much to fast (for the Jaguar) – Prince

Ce n’est pas moi qui le dit, mais Prince (à peu de choses prêt). Et si Prince a chanté ça, c’est que ca doit être vrai. Il y avait longtemps que le nettoyage n’avait pas été fait dans le garage. En une fraction de seconde, le souffle de la Corvette avait réglé le problème. Et moi… j’étais sourd.

La Corvette rugie comme un tigre, roooaarr, rooaaarr. C’est loin d’être une symphonie, ca tient plutôt du groupe de bassiste désordonné. Pour autant, son moteur fait le taff, et le tempo fini par prendre aux tripes.

De l’autre côté de la cour, la Jaguar démarre de façon plus anonyme. Le félin ne rugit pas. C’est plutôt un ronronnement. Un ronronnement agréable, qui n’est pas envahissant et qui met à l’aise. Le bruit de la voiture est, sans difficulté, plus… intellectuel.

En fait, c’est un son absolument merveilleux mais il faut être sensible à ce genre de musique, être attentif à la rondeur du 3,4L équipé sur le modèle essayé de la culasse type C. Une pièce d’orfèvre.

L’allure du 120 est d’un niveau égal à son son. Sa robe est à la quintessence du sensuel, et pourrait prétendre au titre d’œuvre d’art. En fait, c’est de l’art.

Il est vrai, qu’a coté, le plastique rouge (presque) électrique de la Corvette fait quelque peu moins raffiné. Mais ce qui est bien avec les voitures, c’est qu’il n’est pas forcément d’être une reine de beauté pour être désirable. A noter toutefois que la fine poupe de cette C1 mark II améliore sensiblement le tableau général.

I’m a racing Jaguar, passing by like Lady Godiva – Queen

Vous aurez reconnu l’allusion à « Don’t Stop Me now » de Queen. Le lien avec Jaguar ?

Et bien… Lady Godiva, et non Lady Gaga, était l’épouse de Léofric de Mercie, un Lord qui, au XIe siècle, prélevait beaucoup d’impôts. Lady Godiva, traversait les rues de Coventry complètement nue, à cheval, afin de convaincre son mari de les réduite. Une sorte de Gilet Jaune avant l’heure.

Si comme Lady Godiva, la XK120 vient de Coventry, c’est en conduisant la Corvette que vous vous sentirez complètement nu. Son moteur 327 ci (ou 5,4L pour ceux qui ne maitrisent pas l’indigeste système de mesure anglo-saxon) impressionne ! Haut dans les tours, celui-ci, malgré ses 60 piges, parvient encore à sortir 340 chevaux, 360 avec l’injection). Rien que ça !

Alors pour être tout à fait fair play, et exact, la C1 a exécuté la plupart de sa carrière dotée d’un 283ci (4,6L 315 HP, 360 avec l’injection), voire d’un 4.3L avant 1956 et 3.9L avant 1955. Toutefois, au début des années 60, celui-ci a évolué en capacité pour obtenir les spécifications de la future C2.

Born to run with a Corvette – Bruce Springsteen

La Vette est si puissante qu’il est en réalité difficile de se cantonner aux limites de vitesse. De sorte que de retour au volant de la Jaguar, tout parait très lent. Toutefois, conduire l’anglaise procure des plaisirs différents. En effet, tout n’est pas une question de vitesse et d’accélération pure. Le 120, est plutôt un appel au voyage, à la subtilité et aux plaisirs sensibles.

Pour être tout à fait honnête, il n’y a rien de plus agréable que balancer la Jag’ dans les virages et d’apprécier la précision de sa direction. Si ce n’est en descente, ou rétrograder en deuxième vitesse apporte quelques frissons et demande une certaine rigueur dans la conduite.

Dans la Corvette, les informations sont, comme attendues, plus floues. Mais pas autant que ce à quoi l’on pourrait s’attendre au volant d’une Américaine. Souvent, l’on se demande si cela va passer ou non, mais in fine, ca passe. La C1, c’est décidément du pilotage, pas de place au road-trip. Et bien menée celle-ci peut s’avérer véloce, même sur route sinueuse.

Et pour cause, sur la route du retour, au volant de la Corvette, je perds les copains dans le rétroviseur. Professionnels que nous sommes, nous tentons un 0 à 60 mph pour confirmer nos dires. Qui finira à 100 mph, mais ne le dites pas. Celui-ci ne fait que confirmer l’analyse. Si la Corvette avale le seuil fatidique en moins de 6,5 secondes, le XK120 manque de brûler son embrayage et laisse filer l’américaine.

Rassurez-vous, à l’occasion d’une visite à l’hôpital, le médecin nous confirmera qu’aucune des voitures n’a été blessée durant l’opération. De sorte que la Jag’ sera notre partenaire pour un rallye de 6.000 miles au Royaume-Uni en juin prochain.

Pas sur de vouloir tenter l’opération en C1, ne serait-ce que pour sa consommation…

Baby you can drive my Jag’ – The Beatles

Nicolas nous demande de faire un choix.

Est-ce pour taper un 400 départ arrété ? Je ne suis pas un gentleman, donc la meilleure option pour moi serait de garder le bolide du Michigan. Aucun risque d’être battu… du moins si je ne termine pas dans un arbre.

Ou plutôt partir pour un week-end romantique ? Pour la lune de miel, vous pouvez laisser le muscle car dans le garage. Ne serait-ce que pour pouvoir entretenir une discussion avec votre passagère, qui vous aime probablement (à moins que cela ne soit la voiture, on ne sait jamais avec la Jag’). La Corvette est faite pour les égoïstes qui aiment voyager vite et seul. Une caisse de célibataire !

Parce que je suis un gars de la vieille école, et que j’apprécie Glenn Miller, je prendrais plutôt la vielle anglaise. J’aime le fait qu’il faut mériter ce genre de voiture. Son design est une réussite absolue, et comparer son intérieur à celui de la corvette relèverait quasiment de l’insulte.

Et puis merde. Assez de politiquement correcte. En fait, je suis un hyperactif, qui a besoin de bouger en permanence ! Au risque de choquer les plus snobes d’entre vous, je repartirai finalement en Corvette. Qui a dit que j’avais de bons goûts … ?

Place à l’analyse de David !

David : Pas moi Felix.

En effet, Felix n’avoue l’évidence qu’avec des demi-mot : La Corvette est un rêve de plouc et la Jag est une voiture plus que raisonnable. Désormais que nous avons donné la dure vérité sur la façon dont ca bas monde perçoit ces deux-là, creusons la question de savoir ce que c’est vraiment que de les conduire.

 

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Merci Nico pour la vidéo. Il a failli se faire tuer.

Corvette C1 : le Hooligan auquel vous vous attendez

Commençons par la Corvette, si loin de mon univers.
Quand j’ai grandi, très tôt, on m’a dit que les voitures américaines étaient tout simplement inutiles. Certes, selon mon grand-père, toutes les voitures étaient inutiles, sauf pour aller de A à B (pas vraiment un fanatique vitesse celui-la).

Mais si l’on prend l’échelle de mon grand-père, les voitures américaines sont encore plus inutiles, parce qu’elles ne peuvent faire A vers B, que si ces deux points sont reliés par une ligne parfaitement droite.

La première chose que l’on remarque quand on monte dans une Corvette, c’est que règnent mauvaise qualité et design peu élégant. Les concepteurs de cette voiture étaient peu en avance sur leur temps, il suffit de regarder n’importe quel équivalent contemporain.

La Corvette ne fait aucun sens, la boîte de vitesses (manuelle il faut le souligner) est absolument sans espoir, le volant trop grand pour que je puisse mettre mes jambes en dessous (et je ne suis pourtant pas grand), les pédales trop éloignées : « Wow, c’est comme un camion, je ne pourrais jamais conduire ça ».
(Felix : ce que oublie de dire David, c’est que c’est encore pire dans la Jaguar).
Son moteur fait un habituel « bla bla bla » de V8 ricain. Cependant, après avoir engagé la première (ou la troisième, on ne sait jamais vraiment) et effectué quelques accélérations : je constate que je n’ai jamais conduit quelque chose d’aussi puissant.
Enfin au dessus de 4500 tr/min, car en dessous…. c’est n’est pas impressionnant. Cependant, le couple est tel, que lorsque vous démarrez en troisième par erreur, ce qui est le cas la moitié du temps, vous le remarquez à peine, c’est fou.

Le traitement auquel vous ne vous attendez pas

M’aurait-on menti toute ma vie ? Enfin, pas tout à fait.

La voiture est très amusante à balancer dans les virages, l’avant se comporte bien, et l’arrière reste poli jusqu’à un certain point. Bien que le jeu de direction soit proche d’un angle de 40°, ce qui rend le feedback délicat, de sorte que l’on ne sait jamais vraiment où se trouvent les roues.

Pourtant, pour une voiture américaine des années 50, je suis agréablement surpris. Malheureusement, le châssis est une véritable guimauve, les freins sont terribles, la voiture semble bien trop large pour une route comme celle sur laquelle nous avons roulé…. On ne se sent absolument pas en sécurité tout le long.

Mais vous savez quoi ? On s’en fout. Je suis encore en vie, et quand je conduisais, je souriais la moitié du temps, quand l’autre je riais, n’est-ce pas ce que l’on attend d’une voiture de sport ?

Le raffinement que vous attendez

Je n’ai jamais été un grand fan de la 120, mais, c’est plus mon univers. Plus qu’une Type-E pour commencer.

Cette voiture est très bien finie, magnifiquement conçue. L’automobile dans sa forme la plus pure : un moteur, quatre roues, trois pédales, deux sièges, un volant. Ça vous manque?

Le son du moteur est raffiné, rond et discret. Celui-ci a fait gagner Jaguar au Mans. Les pédales sont au bon endroit, même si la pédale de frein demande un peu d’adaptation, la boîte de vitesse est précise et tombe bien en main. Le volant est trop grand (je m’en fiche cette fois).

Et puis vous appuyez sur la pédale de droite ! Attendez, c’est tout ce qu’il y a ?
En effet, malgré ses 210 CV, ce qui est beaucoup pour l’époque, la Jaguar donne vraiment l’impression de vivre au ralenti au sortir de la Corvette.

Mais, encore une fois, je m’en fiche. Jusqu’à temps d’avoir le permis de conduire, on ne peut se référer qu’à des chiffres : plus jeune, je connaissais la puissance de chaque voiture, le 0-100 km/h, la vitesse max. Plus vieux, je me rends compte que ce n’est pas là que se trouve le vrai plaisir.

Dans la Jaguar, le plaisir est ompniprésent. Le moteur chante, et il pousse vers les hauts régimes. La boîte de vitesses non synchrone est une bénédiction, le double embrayage est délicieux.
Les freins sont bons et ne s’échauffent pas, grâce aux disques à l’avant. L’avant est du type « point and shoot », bien qu’il y ait un jeu de 15° dans la direction. Mais je m’en fiche également. Le châssis est très prévisible. C’est exactement ce à quoi je m’attendais : une voiture de sport classique, l’expérience de conduite absolue.

Laquelle en donne le plus pour son livres/dollar  ?

C’est une question difficile. La belle coute de nos jours le double de la bête, est-ce que ça vaut le coup ? Cela dépend vraiment de ce que vous recherchez.

Si vous aimez la conduite sauvage, le couple, les sourires et que vous ne vous souciez pas de la façon dont les gens vous considèrent, vous savez quoi acheter : C1.

Cependant, si vous êtes une personne raffinée – avec du goût – et que vous aimez la belle mécanique, la conduite joyeuse et la technique, et que vous voulez que les gens pensent que vous êtes raffiné, achetez la XK. C’est mon choix !

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