Un ticket pour l’enfer (vert) !

Ce premier week-end de Septembre, tandis que certains suivaient la fin du Tour Auto, pour d’autres, c’était destination Charade, où est installé le Classic Racing Group, pour une journée Trackday pas comme les autres !

It is the best in the world.

L’affirmation fait autorité, s’agissant des dires de Sir Stirling Moss, à propos du circuit de Charade, recueillis suite à sa course victorieuse de 1959, en formule 2, sur les terres auvergnates.

Classic Racing School / Porsche 904 / Porsche 906 / Charade

Le tracé était alors tout récent, puisque inauguré un an plus tôt, le 27 juillet 1958, remplaçant un projet initial de course en ville, lequel avait dû être abandonné suite à son refus par la commission des circuits, devenue beaucoup plus pointilleuse après l’accident des 24 heures du mans 1955.

Situé sur les hauteurs de la métropole des Arvernes, Charade, qui à l’origine était dénommé « Circuit automobile de montagne d’Auvergne », et qui jouxte le mont Puy-de-Dôme, portait ainsi bien son nom.

En raison de son relief, le tracé est rapidement et affectueusement surnommé le Nurburgring Français, notre enfer vert à nous. En réalité, tout chauvinisme mis de coté, le dénivelé y est bien plus important, tandis que la longueur y est pour sa part beaucoup moindre : 21 kilomètres pour la Nordschleife contre seulement 8 km en France, et encore, de 1958 à 1988.

Circuit de Charade / Classic Racing School

Désormais raccourci à 4 kilomètre, le tracé a conservé des virages mythiques, tels que le Petit Pont, un grand gauche qui fait suite à une vertigineuse ligne droite en descente, ou encore l’épingle, un droit à 180° en montée où certains concurrents en monoplace vont jusque repasser la première pour ne pas voir leur bolide s’étouffer.

Niché dans un écrin de verdure, le circuit a gardé une authenticité qui prend le pilote aux tripes, instantanément.

C’est le Classic Racing Group qui invite !

Alors que le circuit faisait face à un avenir incertain, ingénieurs fraîchement diplômés et passionnés d’automobile, Julien Chaffard et Morgan Pezzo, ont su voir son potentiel et décidé d’y poser leurs valises en 2017, afin d’y installer une école de pilotage historique. Ainsi était née la Classic Racing School !

Classic Racing School

Le concept ? Simple, et pourtant unique au monde : des Formules Ford inspirées du début des années 70, un lounge rempli de Chesterfields logé dans les stands, des tenues d’époques, et des instructeurs qui lorsqu’ils ne sont pas en mission pour l’école, trustent les podiums des différentes compétitions Françaises et Européennes.

Les meilleurs pilotes comme les novices s’y pressent, tant cette école permet une immersion complète dans le temps, celui de l’âge d’or du sport automobile, époque où les pilotes de Formule 1 se donnaient rendez-vous à Charade (quatre grands prix y furent organisés de 1965 à 1972, dont deux remportés par Stewart).

L’aventure a tellement bien marchée, que la jeune entreprise diversifie ses offres, en proposant un service d’assistance en compétition, ou par l’organisation de journées de roulages.

Une première édition de l’Historic Trackday forte en couleurs !

Pour sa première journée de roulage historique, le Classic Racing Group a vu grand, en proposant en alternance un plateau de monoplace et une grille de proto/GT (plus un plateau McLaren modernes), qui avaient pour dénominateur commun de présenter une certaine… hétérogénéité.

Bugatti 37 Charade

Pour ce qui concernait les monoplaces, séries nationales / européennes, à l’instar des formules Ford et autres formules Juniors, pour ne citer qu’elles, côtoyaient leurs grandes sœurs des championnats internationaux, à l’image des Formule 1, dont une sublime March 811 sponsorisée « Moulin Rouge », dotée du V8 Cosworth.

Pour sa part, Alain Girardet avait fait le déplacement au volant de sa McLaren M10B, l’un des modèles les plus glorieux de la Formule 5000, avec à son actif 4 titres mondiaux pour 4 coureurs différents. Le pilote helvète nous confie humblement que la voiture, portant le numéro de châssis 400-05, est plutôt facile à emmener à bon rythme en raison de son V8 Chevrolet 5L très coupleux. On imagine qu’il doit s’agir d’une autre paire de manche quand vient l’heure de la piloter à très vive allure.

Avec un tel panel de voiture, les plus sceptiques auraient pu penser que la gestion du traffic serait difficile en piste, compte tenu de la technicité du circuit et des faibles dégagements qu’il propose. Mais tel ne fut pas le cas, la priorité étant donnée au plaisir de rouler, dans le cadre d’une journée que l’on pourrait qualifier de très amicale et fair play.

C’est aussi cela l’esprit Classic Racing Group. A tel point que trois avant guerres, une Riley accompagnée de deux Bugatti, feront l’intégralité de la journée sur les mêmes plages horaires que leurs petites filles à roues non carénées. En resteront des images surprenantes.

McLaren M10B / Alain Girardet / Bugatti / Charade

Une ambiance  très sixties en proto/GT

Certes, le plateau de monoplaces faisait forte impression, mais les proto/GT n’étaient pas en reste, et ce, que l’on parle d’éclectisme, ou de rareté de certaines autos.

Dans le premier box, une 904 GTS floquée d’un « sponsorised by my wife » trônait fièrement aux cotées d’une 906 ex-Jo Siffert, au point de se demander si elles n’avaient pas été laissées là par leur propriétaire lors du Tour Auto, passé quelques jours plus tôt. L’occasion pour ceux qui n’avaient pas pu faire le déplacement en milieu de semaine, de venir écouter le doux son du 6 cylindres 2L vainqueur de la Targa Florio en 1966 et des 24H du Mans dans sa catégorie en 1966 et 1967.

Les barquettes anglaises étaient relativement bien représentées, à l’image d’une ravissante Elva Courrier à la robe bleu et blanche et au tissus écossais, dont le propriétaire nous a indiqué se servir quasiment au quotidien. Sur la piste, Lotus 23 B et autres Crosslé 9S rivalisaient de vivacité, tandis qu’une Lotus XI ayant courue au Mans en 1958 pour le compte de l’usine Lotus faisait une apparition remarquée.

Elva Courrier / Charade

Cette dernière n’était d’ailleurs pas la seule à avoir participé à l’épreuve Mancelle, puisque RoadRugCars avait fait le déplacement au volant d’une Deep Sanderson (dont vous avez sans doute pu voir la vidéo), châssis DS 301 GT 1003 ayant couru les 24 heures 5 ans après le proto d’Hethel.

Deep Sanderson / Le Mans 1963 / DS 301

Tout ce petit monde prenait visiblement un plaisir fou à se retrouver sur la piste, en témoignèrent les crissements de pneus de certains concurrents. Certaines sportives complétèrent parfaitement le show, à l’image des Alpines A 110, Porsche 911 et 914,  que l’on a toujours plaisir a voir ou de ces plus atypiques Datsun (ex-scca) emmenées avec un sacré coup de volant.

La plus récente, (mais non moins intéressante ?) : Une Renault 21 Europa Cup aux performances ahurissantes, capable de taper le 280 km/h en pointe, forte de ses 300 chevaux, restée en l’état depuis la fin des années 90, en témoignent les traces d’un choc à l’avant gauche qu’elle aurait subie au Mans, nous confie son propriétaire. C’est ce que l’on appelle avoir de la patine !

Déjeuner dans la Pitlane pour une journée pas comme les autres avec le Classic Racing Group !

Vous me direz, « finalement cette journée, ce n’était rien d’autre qu’un trackday, pas besoin d’en faire un plat »…

Et bien je ne suis pas d’accord. Les membres du Classic Racing Group ont ce goût pour le détail qui fait la différence, ce qui distingue une journée cool d’une journée très cool. Aux petits soins, l’équipe a su instaurer une ambiance bonne enfant, celle d’un week-end de fin d’été entre copains.

Formule 1 / classic racing School / charade

En témoigne le déjeuner, qui s’est fait à la bonne franquette (avec traiteur, quand même !) sur des tables tirées dans les stands, où l’on s’y retrouve pour partager des souvenirs de courses avec les vieux briscards, et discuter des projets à venir de novices tombés sous le charme des paddocks et de leur ambiance.

C’est ce que l’on apprécie et recherche dans ces journées que l’on pourrait qualifier d’informelles, sans que cela ne soit un reproche : une faculté de retrouver des moments hautement authentiques, dénués du faste de certains évènements plus médiatisés.

Bref, on s’y sent bien. A tel point que l’on serait tentés de proposer des idées pour que l’expérience dure plus longtemps la prochaine fois : quid d’un rallye le lendemain, il doit y doit avoir de quoi faire dans les alentours ? Qu’est ce que vous en pensez Classic Racing Group ?

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