Alfa Romeo 4C, l’italienne qui pouvait concurrencer les petites sportives anglaises ?

Novembre 2019, un mois noir dans l’histoire d’Alfa Romeo. Comme s’il ne suffisait pas d’annuler les projets 8C et GTV, le constructeur milanais a discrètement arrêté la production de l’Alfa Romeo 4C.

Pas le meilleur moment pour écrire un article sur un modèle qui ne figure plus au catalogue ? Ce serait oublier une devise qui nous est chère, « in the second hand market, we trust » !

Le moment d’investir dans une Alfa Romeo ?

Considérez les éléments suivants :

Alfa Romeo, qui a subi une baisse massive de ses ventes en 2019, a réduit ses coûts et rationalisé la production. Bien sûr, la marque a décidé de sacrifier le segment sportif, moins rentable que celui des S.U.V. L’Alfa Romeo 4C ne sera pas remplacée, et c’est, semble-t-il, une politique à long terme.

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Par ailleurs, il devient de plus en plus difficile pour les généralistes de proposer une gamme sportive. En effet, les constructeurs doivent payer des amendes lorsque leur production dépasse la moyenne des émissions de carbone autorisée. Il est évident que le montant de ces amendes ne peut être répercuté que sur le prix des « véhicules polluants ». Dans le cas contraire, cela pénaliserait injustement les modèles « plus vertueux ».

Comme le montant de l’amende dépend de la quantité d’émissions de dioxyde de carbone et non du prix du véhicule, il est plus facile de l’imputer sur des voitures onéreuses. Inversement, il devient relativement plus difficile de vendre des voitures de sport à moins de 100 000 euros. C’est pourquoi Renault a déjà prévu d’arrêter sa gamme RS, tout du moins dans une configuration 100% essence.

Enfin la cote des jeunes youngtimers augmente sensiblement. C’est le cas de la Lotus Elise, qui eu été autrefois abordable, et qui ne l’est plus ! Alors qu’elle ne délivre plus de 200 CV que dans des versions compressées ou « cup »…

Alors, toujours aussi inintéressant de parler d’un modèle ne figurant plus que dans les pages « occasions » ?

Une Alfa Romeo 4C faite pour la piste (de Goodwood) ?

Certes, c’est osé de commencer un article automobile par des sujets financiers. Mais la suite n’en sera cependant pas moins outrancière. Notre cheval de bataille ? Corriger certains préjugés ou ouï-dires que certains médias automobiles ont tristement entretenus. Certainement née à la mauvaise époque, ce fabuleux engin a souvent été critiqué, à tord.

Notre rencontre avec la diva italienne s’est fait l’un de ces samedis frais de Décembre. Nous avons fait le voyage pour l’Angleterre au volant de la dernière Alfa Romeo 4C Edizione Speciale vendue en France, quelques kilomètres seulement après la fin de son rodage. Une voiture neuve et non modifiée, mais suffisamment kilométrée pour autoriser son conducteur à sélectionner le mode « race ».

En clair, une voiture non martyrisée par une myriade d’essais, dont les qualités et défauts correspondaient fidèlement à ceux d’une voiture standard sortant d’usine pour les clients standards que nous sommes.

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Le lieu du crime ? Pas moins que le circuit de Goodwood, terrain de jeu des pilotes du Revival, le rival britannique du Mans Classic. Malgré sa forme de rond-point si l’on prend une vue satellite de Google Map, c’est un tracé des plus sélectifs d’Angleterre. A Goodwood, plus qu’ailleurs, il faut atteindre les limites pour être rapide. L’asphalte bosselé alterne en effet entre chicanes serrées et virages très rapides. Les murs ne sont jamais très loin.

Nous sommes accueillis avec un petit déjeuner et un café dans l’intemporel clubhouse. Pendant que nous suivons le briefing, notre Alfa 4C, dont la design est inspiré de l’emblématique 33 Stradale, suscite l’intérêt et la curiosité des passants.

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Une voiture de sport, oui. Dangereuse, pas vraiment.

Dès les premiers tours de roues, je réalisé que je ne partage pas forcément la définition communément adoptée de ce qu’est une « bonne voiture ». Et la, vous vous dites que je cherche à me différencier, à jouer sur des subtilités. Et même que je suis bien prétentieux de vouloir contester une définition établie. Pour vous conforter dans l’idée que je suis mégalomaniaque, je continuerais mes propos par l’emploi d’une parabole christique.

Les tomates n’ont jamais été aussi belles qu’aujourd’hui. Grâce à la technologie et aux engrais, elles ont été optimisées, afin de devenir les meilleures, du moins d’un point de vue scientifique. Pour moi, ce ne sont que des conneries. Nous n’avons en réalité fait que perdre le gout d’une tomate de terroir, qui n’avait que pour seul défaut d’être un peu rugueuse il y a encore quelques années.

L’Alfa Romeo aussi est rugueuse, mais elle a du terroir. En termes automobiles, cela se traduit par un châssis et une suspension de haut niveau, sur lesquels est monté un moteur communicatif, le tout offrant une voiture bien équilibrée.

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Son défaut ? On apprend qu’elle serait dangereuse. Certes celle-ci a tendance à suivre les imperfections de la route. Ce n’est donc pas une voiture à mettre entre les mains de tout le monde. Mais n’était-ce pas le cas de la plupart des voitures sortant de l’ordinaire avant que l’électronique ne se fasse omniprésente à partir des années 2000 ?

Vous savez, je parle des voitures qui procuraient des sensations réellement authentiques ? Sur l’Alfa 4C, la direction est précise, directe, même si elle est très exigeante. Et comme je suis un homme du passé, je n’y vois pas les signes d’une voiture dangereuse, simplement ceux d’une voiture qui se mérite.

Messieurs les essayeurs, laissez votre Go Pro dans sa cage correctement fixée sur le pare brise, et mettez vos deux mains sur le volant, vous verrez, la conduite de cette Alfa n’en sera que plus sure.

Se sentir comme un gentleman (lorry) driver

Je m’excuse pour ce titre faisant un horrible mélange d’anglais et de français. A vrai dire, je tenais à mon jeu de mot de la version anglaise de cet article. Par ailleurs, celui-ci me semblait constituer une accroche efficace concernant le défaut majeur de l’Alfa Rome 4C.

J’ai nommé : la direction ! Inutilement et incroyablement lourde. La sensation renvoyée par cette dernière relève de l’étrange, voire du monde agricole (ayant fait quelques moissons étant plus jeune, je sais de quoi je parle). Et c’est encore plus flagrant lorsque l’on sort d’une Lotus ou Caterham.

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L’Alfa est épuisante à conduire sur route sinueuse ou sur circuit. A l’approche d’un virage, celle-ci demande la force entière des deux bras du conducteur pour daigner tourner. A tel point qu’au bout de deux tours, les mains deviennent dures. Après dix, c’est le moment de rentrer aux stands.

Et pourtant, comme peut le montrer une Elise, une direction lourde n’est ni nécessaire pour tourner correctement, ni pour ressentir des sensations. La Lotus fournit en outre toutes sortes d’informations précieuses, de sorte son conducteur sait, à tout moment, où se trouve le train avant.

L’information remontant du train avant, c’est le nerf de la guerre. Sur ce point précis, l’Alfa Romeo n’est pas mauvaise. Clairement pas aussi bonne que la concurrence anglaise, elle est par contre bien meilleure qu’une Alpine A110.

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Certains expliqueront que la différence entre la Lotus Elise et l’Alfa Romeo 4C n’est déterminée que par le poids. A cela je ne pourrais qu’objecter. D’abord parce que l’Alfa Romeo est déjà très légère, pesant environ 900 kilos. Et deuxièmement parce qu’un Exige V6 qui pèse 300 kilos supplémentaires est beaucoup plus légère à conduire, et plus efficace.

Une voiture surprenant les chronos !

Comme il s’agissait d’une rencontre entre amis, et non d’une course, la prise de temps n’était pas autorisée. Cependant, l’Alfa Romeo 4C s’est montrée comme étant l’une des plus rapides de la journée, parmi toutes sortes de bizarreries britanniques.

Sa vitesse de pointe de 200 km/h dans la ligne droite de Lavant, tandis qu’une Lotus ou Caterham plafonne à 170, a probablement contribué à la performance.

Sa puissance aussi. En effet, si la fiche technique annonce que le turbo de 240 CV est capable d’atteindre le 0-100 km/h en 4,5 secondes, soit l’équivalent d’une Lotus Supercharged, une 111 R met 2 secondes supplémentaires pour le même exercice. Mais plus important encore sur la piste, le couple et de la puissance sont disponibles sur une plus large plage d’utilisation, ce qui rend l’Alfa Romeo 4C plus efficace, et moins technique à conduire.

Enfin, la boîte de vitesses automatique à double embrayage rajoute à la vélocité de la voiture. De bonne facture pour la catégorie, celle-ci permet de gagner plusieurs dixièmes par tour. Cela fait toute la différence, surtout si l’on considère que les boîtes de vitesses manuelles Lotus ne sont pas du tout précises, constituant même le principal défaut de la marque.

On peut seulement reprocher à la boite Alfa sa tendance à refuser désespérément d’engager le rapport inférieur (peut-être parce que la voiture était neuve ?), de sorte qu’il n’est pas toujours facile de maintenir un régime élevé dans certaines chicanes lentes.

Conclusion : l’Alfa, voiture idéale pour un trackday ?

Goodwood est plutôt un circuit adapté pour l’Alfa Romeo 4C. Sur une piste plus petite, l’Elise serait plus à l’aise, grâce à sa légèreté. Les Milanais préféreraient probablement de plus grandes lignes droites. Mais leur réalisation souffrirait alors de la comparaison avec l’Exige V6 suralimentée offrant 350 chevaux.

Vous avez donc le choix : deux Lotus pour être rapide partout, ou une Alfa Romeo polyvalente. Bien sûr, il y a la Caterham qui est probablement la meilleure option de piste de tous les temps. A condition d’oublier que, la moitié du temps (qui passe à 100% si vous êtes écossais ou irlandais), il est difficile de l’utiliser pour des raisons météorologiques.

Une question demeure : Les britanniques, grâce à leur faible poids, sont réputées très raisonnables en termes de consommation de disques, plaquettes, carburant, pneus. Je me souviens que nous avions l’habitude de faire 7 ou 8 trackdays avec les mêmes plaquettes de frein. Quid de la 4C ?

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En regardant de manière globale le segment, et en me limitant aux voitures avec plaques d’immatriculation, rien ne m’épate plus qu’une Lotus Exige. Le travail effectué sur la V6 est impressionnant compte tenu du poids. Toutefois, le prix demeure aussi plus important. La valeur de l’Elise augmentant également, l’Alfa Romeo se présente désormais comme une bonne alternative, un peu plus exotique, même si elle n’est pas aussi pure dans sa conduite que sa cousine britannique.

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Mon éducation automobile, composée de journées Lotus et de Formule Ford, fait que je suis borné « sport automobile ». Il est possible que j’ai occulté certains sujets non essentiels sur une voiture de sport. Si vous êtes intéressé par de belles photos, la carrosserie, les cuirs, l’autoradio, la climatisation… Vous pouvez lire l’essai routier de Nico. (Je ne suis pas sûr qu’il appréciera le renvoi).

4 Comments

Alfa Romeo 4C, faite pour battre les britanniques ? (British Roadtrip - Part I)

  1. « L’Alfa Romeo aussi est rugueuse, mais elle a du terroir » : je suis propriétaire aussi et je valide totalement cette définition !

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