De l’art d’humilier les coupés teutons au volant d’une baignoire britannique : la 3-Eleven

Certes le titre est tapageur, mais il illustre une réalité. Dans les paddocks, les propriétaires de voitures germaniques regardent la 3-Eleven d’un oeil amusé. Puis vient le temps d’en découdre sur la piste.

Eternels conflits d’intérêts

Certes, vous le voyez venir gros comme une maison, cet article ne sera pas objectif. Vous nous pensez inféodés à la firme d’Hethel.

Sur Youtube, Supercar Blondie a fait un reportage à propos de la bête, qui s’annonce bien plus sexy. Et puis, il y a cet article de presse généraliste, qui ose une (brève) comparaison avec le Renault Spider.

Finalement, il faut se rendre à l’évidence, le proto anglais est passé sous les radars de la presse automobile. Quel dommage, car cette voiture aurait mérité une couverture beaucoup plus large. Du coup, mus par notre altruisme habituel, nous nous sommes munis de gants et d’un stylo pour vous raconter notre expérience.

La Lotus 3-Eleven, un scalpel a (mal)mener avec précaution

Une Lotus, c’est avant tout un toucher de route. Véritables OVNIs à l’heure d’une production sportive de plus en plus aseptisée, les petites bombes du Norfolk distillent l’information comme aucunes autres.

Sans surprise, la Lotus 3-Eleven fait honneur à sa génétique, titulaire d’un ticket coupe-file pour le carré VIP des scalpels. Mais comme tout outil chirurgical, celle-ci reste à manier avec précaution. Bien sûr, on ne jongle pas avec un objet tranchant.

Petite surdouée de la famille, elle n’en reste pas moins délicate à manier. Si une Exige V6 accepte la contrainte, voire se révèle dans une subtile dérive en sortie virage, tel n’est pas le cas de la 3-Eleven. Cette dernière est montée sur rails, et ne tolère guère d’en sortir !

Lotus 3-Eleven / 311 / Road Rug Cars

 

À mesure que l’on augmente le rythme, l’engin concède un léger sous-virage. Le conducteur doit accepter quelques efforts supplémentaires pour accrocher la corde dans les grandes courbes. La faute à l’immense pelle à tarte qui sert d’aileron à l’arrière ? Ce n’est sans doute pas l’unique coupable. A noter que son angle est déjà réglé sur le minimum.

Il faut dire que les masses majoritairement réparties sur l’arrière (64%) n’aident sans doute pas. Le train avant s’en montre léger, de sorte que ce qui est d’ordinaire un atout, est ici à la limite de l’exacerbé.

Soyons honnêtes, il faut quand même titiller la bête avant de mesurer les effets ci-dessus décrits. Un préparateur qui passe par là nous confirme, par ailleurs, que de subtiles réglages sur la géométrie permettent d’affuter encore le bolide.

Pour le plaisir de paramétrer

Ayant conservé une âme d’enfant, je ne peux m’empêcher de tripoter boutons et molettes en tout genre. C’est dire qu’il m’en faut peu pour passer un cric sur les pastilles bleues apposées sur le plancher plat de la Lotus, et commencer à m’amuser avec les suspensions Ohlins.

Le fabricant suédois, dont on se passera des présentations, fournit sur la version track des amortisseurs 2 voies (compression et détente), qui sont une option fortement appréciable sur celle de route. Si le paramétrage de la suspension peut faire peur aux non-initiés, le passionné y prend vite goût, tant il peut bonifier le comportement de la voiture, en fonction des circuits.

/ Road Rug Cars

Les barres antiroulis sont également ajustables, de même que l’aileron. Loin d’être destinés au concessionnaire Lotus, ces réglages font partie de l’expérience immersive dans le sport automobile (le vrai) qu’offre la 3-Eleven. Il serait dommage de ne pas s’intéresser à la chose, d’autant qu’ils sont accessibles, et leur effet immédiatement visible.

En ce qui nous concerne, nous restons sobre en assouplissant la suspension avant. Choix payant : la barquette, qui avalait déjà le tracé avec gourmandise, semble se montrer plus incisive. A moins que ça ne soit psychologique ?

lotus 3-eleven

Pour tout vous avouer, d’origine, le grip est phénoménal, les trajectoires tendues. La voiture saute littéralement d’un virage serré à l’autre et accepte de prendre la courbe Dunlop du circuit Bugatti plein gaz. Montez des semi-slicks, et vous n’êtes plus très loins du paradis automobile.

Lotus 311 / 3-Eleven / Road Rug Cars

La 3-Eleven supporte beaucoup, en redemande même, encore et encore. Jusqu’à décrocher, sans vraiment téléphoner. C’était déjà une caractéristique qui distinguait la 2-Eleven de l’Exige. Reste que sur la nouvelle génération, ceci est moins marqué, et très acceptable compte tenu des vitesses atteintes en courbe.

Un pied (et demi) dans la cour des grands pour la 3-Eleven

La 3-Eleven, c’est le jouet qui permet d’évoluer dans la cour des grands. Sur le circuit permanent du Mans, elle se montre à son aise parmi les grosses cylindrées.

Il faut dire que Lotus lui en a donné les moyens. Le fidèle V6 3.5L d’origine Toyota, éprouvé sur les Exige et autres Evora, est poussé à 416 chevaux. Il monte à 466 en version Cup. Tandis que certains préparateurs parviennent à s’approcher des 500 ch sans modification substantielle.

Lotus 311 / 3-Eleven / Road Rug Cars

Nous nous contentons, avec un grand sourire, des 416 chevaux : c’est déjà bien suffisant. Le 0 à 100 est avalé en à peine 3,4 secondes, soit seulement 0,3 secondes de plus que sur la version Cup. Dieu que l’aiguille arrive très vite dans la zone rouge tandis que le conducteur s’enfonce dans le baquet. La 311 ose rugir ! Ceci nous change d’ailleurs des feulements légers auxquels nous ont habitué les Elise.

Seule véritable ombre au tableau pour véritablement lutter en tous points avec les autres pistardes, la boîte de vitesse, talon d’Achille des Lotus. D’un verrouillage délicat, cette dernière a désormais pris un sacré coup de vieux. Au point de sérieusement envier la boite séquentielle montée sur la version Cup.

Le sport-proto homologué dont vous rêviez.

Au moment d’aller faire le plein, la population Mancelle, que l’on imagine pourtant habituée aux engins exotiques, se montre pour le moins interloquée à la vue de la barquette dans le trafic quotidien. Fallait-il le préciser, la 3-Eleven est homologuée (même en France, ce qui est assez incroyable pour être mentionné). Ce qui veut dire que vous pourriez, dans un monde parfait, emmener vos enfants, enfin votre enfant, à l’école avec.

Hérésie me direz-vous ? Pas forcément. Aux antipodes de la 2-Eleven, plutôt désagréable sur route ouverte, notre modèle du jour se montre relativement confortable.

Reste qu’il faut accepter de payer le malus de 20 000 € et la carte grise, une somme conséquente pour une voiture destinée à la piste. La rumeur, non vérifiée, dit qu’il n’y aurait d’ailleurs qu’un exemplaire doté de plaques d’immatriculation françaises (hors notre modèle d’essai, au statut particulier).

/ Road Rug Cars

Puisque l’on parle de sous, allons jusqu’au bout. Sans les taxes, la version homologuée était vendue neuve aux alentours de 110 000 € (TVA incluse). C’est abordable au vu des prix pratiqués par la concurrence. Et d’autant plus si on considère son niveau d’exclusivité (seulement 311 exemplaires produits). Désormais, sur le marché de l’occasion, celles-ci se négocient à partir de 80 000 €.

#FunToDrive Score : 95/100
pour une lotus pas (vraiment) comme les autres.

Avec Lotus, nous avons l’habitude de dire que « c’est dans les vieux pots que l’on fait la meilleure confiture ». Le constructeur anglais l’a bien compris, en faisant évoluer sans jamais réellement innover sa gamme Elise / Exige. Pourquoi le ferait-il d’ailleurs ?

Mais avec la 3-Eleven, qui partage pourtant de nombreuses organes avec l’Exige S, les choses sont quand même bien différentes. La barquette tient en réalité plus de sa prédécesseur, la 2-Eleven, au penchant très radical !

De sorte que, ironie de l’histoire, la 3-Eleven reçoit l’un des meilleurs score #FunToDrive de notre classement, alors que l’on ne se marre pas vraiment à son volant. Le sérieux est de mise, cela va vite, les virages s’enchainent, le TGV anglais ne support guère les erreurs de carres.

C’est finalement une fois sortie de sa soucoupe que l’astronaute se dit « Dieu que c’était bon là haut ! ».

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