Dans les coulisses des 24 heures Essec.

Un terrible choix s’imposait à moi ce week-end de mi-Mai. Compétition automobile ou évènement familiale? Alors certes, vous vous dites que se poser la question, c’est déjà être un mauvais fils, frère, petit ami. Mais, parfois, l’occasion est trop bonne, et pour moi ce fut Karting. Karting ? Oui karting. Mais pas n’importe quelle épreuve, la plus grande course étudiante de France, les 24 heures Essec.

Les 24 heures Essec : la compétition automobile pour (tous les) étudiants.

Si l’organisation d’une course de karting de 24 heures n’est plus un phénomène rare de nos jours, les 24 heures Essec ont une saveur particulière.

Et pour cause, celle-ci sont organisées par Race Essec, l’association de sport automobile de la célèbre école de commerce. Une course développée par des étudiants, pour les étudiants.

43 équipes, représentant chacune une école ou une université, étaient de la partie pour cette 24ème édition.

Bien qu’il s’agisse d’une course étudiante, le niveau des échappés est relevé. Je reconnais d’ailleurs certains visages des championnats de Formule 4, et des championnats nationaux et européens de karting.

Dans le peloton, le degré de talent est varié, ce qui permet une bagarre à tous les niveaux. Chose importante, la course est ouverte aux profanes. Plusieurs équipes participent pour la première fois, avec de petits sponsors et des pilotes inexpérimentés.

Tout ceci donne une atmosphère particulière à cette compétition où se mélangent pro ou quasi pro, et pilotes amateurs. Un peu comme les 24H du Mans des débuts, avec certes un peu plus de nuances.

Week-end entre amis ou lutte pour la victoire ?

Pour ma part, je faisais parti du Racing Team Assas, équipe représentant l’université éponyme. Nous avons fondé l’association il y a quelques années avec des amis passionnés.

Cette année, l’équipe rassemblait 8 pilotes. Cet article relate nos 24 heures Essec, avec ses joies et ses peines. Au volant ? Louis, Alex, Adrien, Pit, Michael, Xavier, Théodore, et moi, parmi 370 autres pilotes.

Après un petit déjeuner et un briefing, les essais chronométrés ouvrent les hostilités. Elles sont l’occasion de comprendre, cette année encore, combien il sera difficile de se battre avec les meilleures équipes.

Les règles de qualification sont similaires à celles de la Formule 1, avec des équipes éliminées au fur et à mesure des sessions. Nous ne parvenons pas à atteindre la Q3, laquelle rassemble les dix équipes les plus rapides du Q2.

Interruption de la course après un départ Le Mans

Si la démonstration des cheerleaders fait sensation, le moment fort de la mi journée consiste dans le départ « Le Mans ». Les conducteurs sont positionnés du coté de la piste opposé à leur machine.

3, 2, 1, le drapeau français est abaissé, et vient le moment pour eux de courir afin de prendre le volant de leur engins.

J’abuse de mon rôle de photographe d’un jour pour apprécier au mieux la démonstration du poleman. Sa technique de départ canon, pour le moins rodée, ne s’invente pas :

  1. S’installer sur le karting quasiment pied sur la pédale d’accélérateur, pressée un dixième de seconde plus tard.
  2. Se jeter dans le baquet tout en commençant à amorcer un début de virage vers le sens de la piste.
  3. Rebondir plusieurs fois de suite sur ses fesses afin de générer de l’adhérence.

A ne pas reproduire à la maison, du travail de pro.

Premières péripéties…

Après 20 minutes, la course connait cependant sa première neutralisation. Les équipes de tête réagissent immédiatement et organisent un passage au stand avec changement de pilote. En effet, 23 rotations doivent être organisées au cours des 24 heures Essec.

Nous loupons le coche et restons sur la piste. Malgré les conditions difficiles : grêle, pluie, grêle, pluie, un peu de neige (Oui en Mai !), la course reprend.

Je prends mon relai à la troisième heure. C’est parti pour 60 minutes. Avec, il faut le dire, quelques difficultés à suivre la cadence infernale des meilleurs. Ils connaissent la piste par coeur, sont avant tout de grands pilotes. Je paye mon faible entrainement de karting, la sanction est immédiate, l’écart est d’au moins une seconde. Ca fait mal.

Malgré cela, nous parvenons à maintenir notre machine entre une solide 6ème et une honorable 10ème place pendant les 5 premières heures.

Puis commence la descente aux enfers.  Après la sixième heure, nous subissons des pénalités en chaine qui nous font rétrograder à la 33e place.

La mission de nuit : remonter des tréfonds du classement.

A 22h30, la voiture de sécurité (un drôle de quad surmonté d’un gyrophare) fait son apparition sur la piste afin de ralentir les concurrents. Un feu d’artifice est organisé. Pendant ce temps, les concurrents passent du sens des aiguilles d’une montre à celui inverse.

Les réflexes sont perturbés. Et la fatigue commence à monter au fur et à mesure que l’épreuve plonge dans la nuit.

Dormir ou ne pas dormir, telle est la question. Pour nous, pilotes d’endurance d’un week-end, il est difficile de contenir l’adrénaline et de s’imposer ne serait-ce qu’une courte sieste. Et puis il faut dire, qu’une fois derrière le volant, la fatigue s’oublie.

L’atmosphère aide beaucoup à rester éveiller. A cette heure de la nuit, plus personne n’est présent sur le muret des stands. L’ambiance est très intime. Une fois quitté la lumière de la voie des stands,  l’obscurité de la course. La performance est anonyme et c’est sans doute pour cette raison qu’elle est aussi prenante.

Vous conduisez pour vous-même, sans la pression des regards. Les sentiments sont décuplés. L’horloge est comme arrêtée et vous accumulez les tours sans même vous en rendre compte. Juste fantastique !

Avec le froid, la pluie, le corps faiblit, tremble légèrement. Heureusement, l’air frais fouettant le cou réveille, et un sentiment de puissance monte dans le corps des participants.

Petit repos et dernier relais

Ces souvenirs resteront gravés en moi, mais il est temps de rentrer au stand et confier le volant à mon coéquipier, avec l’espoir qu’il connaisse le meme plaisir. Pour ma part, c’est l’heure d’aller me coucher.

Je rechigne à rejoindre l’hotel mis à disposition par l’organisation, souhaitant rester au plus près de la course. Direction le coffre de ma (désormais célèbre) Clio III diesel. Et oui, la vie de pilote, ca n’est pas toujours sexy.

Trois heures plus tard, le soleil est déjà haut et l’animation est revenue sur le circuit. Les teams sont quasiment de nouveau au complet. Au petit matin, notre équipe a réussi à remonter jusque la 26e place.

Il ne reste plus qu’à piloter pour le plaisir, et conserver notre position. La pluie fait son retour, ce qui offre un peu de challenge. Les karting étant équipés de pneu slicks, il faut retravailler complètement ses acquis.

Afin de maintenir une allure vive, l’astuce est d’inverser les trajectoires, l’intérieur des virages n’offrant que peu d’adhérence du fait de la gomme accumulée et désormais mouillée. Une fois la technique maitrisée, le pilotage sur piste humide devient vite satisfaisant, car très récompensant.

Les écarts de temps sont massifs, hélas le classement n’évolue pas pour nous, la concurrence avait d’ores et déjà fait le trou.

Fin de 24 heures mouvementées

Les 24 heures Essec se terminent pour les 43 équipages, avec son lot de surprises et de déceptions.

Nous aurions espéré un meilleur classement. Mais ce n’est pas le plus important. L’objectif principale était de faire vivre aux membres de notre équipe les moments fabuleux qu’offre le sport automobile. Et puis de partager des instants mémorables entre amis.

24 Hours Essec

Je regrette déjà de ne plus être étudiant l’année prochaine, ce qui implique que je ne pourrais plus prendre part à la fête.

Mais d’une certaine manière, je m’en réjouie, car un autre membre aura la joie de prendre ma place et de vivre ces histoires hautes en couleurs.

Longue vie aux 24 heures Essec, longue vie à Race Essec.

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